Dans l’article du « Monde », que j’estime largement « positif » pour notre communauté, il me paraît judicieux de relever l’aveu du réalisateur n’hésitant pas avec une louable sincérité à reconnaître son scepticisme initial à l’égard de l’évocation répétée des pénibles tourments vécus par les siens, voire même à leur en faire porter la responsabilité ! Comme beaucoup de jeunes « pieds noirs » de sa génération, nés là-bas ou ici, il a en effet baigné dans un climat savamment orchestré à des fins politiques et destiné à engager ceux que notre mauvais génie qualifiait de « veaux »dans la voie de l’approbation sans réserve de l’œuvre gaullienne et de la condamnation sans nuance de l’aventure coloniale. Nos enfants, et c’est encore plus vrai pour ceux ayant suivi de longues études, n’ont ainsi
entendu durant toute leur période formation que des échos déformés voire insultants à l’encontre de leur communauté d’origine. Leur esprit malléable n’a pu qu’enregistrer cette désinformation à un âge où le rejet de l’autorité parentale pouvait aller jusqu’à la condamnation d’un passé honni. Il faut bien admettre, et nos différentes réunions en sont l’illustration, que nos descendants ont pris du recul par rapport aux préoccupations de leurs aînés et ont eu pour objectif de préparer leur propre avenir en abandonnant à leurs parents la gestion d’un problème dont les données leur ont toujours parues sujettes à débats interminables. Il est donc heureux que des témoignages comme celui de Gilles Perez viennent confirmer, longtemps après il est vrai, les souvenirs que les anciens se plaisaient à évoquer devant des auditoires généralement incrédules. Remercions-le pour cette mise au point.